Mariages précoces et forcés: définition globale et quelle position de l’Islam ?

PREMIÈRE PARTIE

Je me permets aujourd’hui d’aborder la question des mariages précoces et forcés. ce thème a trait à la santé des jeunes et adulte ainsi qu’à assainir l’environnement de la pratique de la planification familiale. Partant d’une définition explicite, ce premier article abordera le point de vue de l’Islam, en la matière.

D’ores et déjà, je vous donne connaissance des thèmes qui constitueront les prochains articles relativement à cette catégorie « Mariages précoces et forcés » :

  • La position de l’Islam (1): extraits de la communication du Cheikh Boureima Abdou Daouda
  • La position de l’Islam (2): extraits de l’article du Pr. Tariq Ramadan
  • Quelle position et normes de droit positif ?
  • Les causes et conséquences
  • Quels liens avec le phénomène migratoire ?
  • Divorces et dépravation des mœurs
  • Etc.

Définition des mariages précoces et forcés

Il parait osé d’affirmer qu’il y existe une définition unanime des mariages précoces et forcés. La complexité s’avère dès lors que ces pratiques varient selon les milieux, les identités, etc. Néanmoins, une définition globale s’impose :

  • D’une part, les mariages précoces ou d’enfants, se définissent comme des mariages dans lesquels l’âge de l’un des conjoints ou les deux, s’inscrit en dessous de l’âge requis (puberté ou majorité)
  • D’autre part, les mariages forcés se définissent comme des mariages imposés, dépourvus de tout consentement pour l’un ou les conjoints.

Se pose le problème de la légalité, la licéité et/ou la légitimité des mariages précoces et forcés.  Il est important de notifier que ces pratiques concernent autant les garçons que les filles, mais se prononcent plus présentes chez celles-ci.

Bon à savoir :

  • Personnellement, j’ai mené une petite enquête auprès de l’Association islamique du Niger. Il s’avère qu’en matière litigieuse, ils ne connaissent aucune jurisprudence en matière de mariages précoce et forcé. Ainsi, je me permets d’en déduire de la mauvaise foi des gens qui osent attribuer les mariages précoce et forcé aux pratiques islamiques. Ils portent plutôt les litiges auprès de la Brigade des mineurs de la Police. Ceci pour dire qu’ils savent très bien que ce n’est pas cautionner par l’Islam, mais se l’arroge pour satisfaire leurs besoins primaires et traditionnels.
  • (statistiques 2015-2016) Les dix pays où le taux de mariage d’enfants est le plus élevé sont : le Niger (75%), le Tchad et la République centrafricaine (68%), le Bangladesh (66%), la Guinée (63%), le Mozambique (56%), le Mali (55%), le Burkina Faso et le Soudan du Sud (52%), et le Malawi (50%).

Quelle position de l’Islam sur les mariages précoces et forcés ?

Pour ainsi entrer dans le vif du sujet, je vous propose de vous imprégner de quelques extraits d’une communication du Cheikh Boureima Abdou Daouda, en date du 23 MAI 2002. Cette communication recèle le point de vue islamique sur notre sujet, comme suit :

قال رسول الله صلى الله عليه و سلم: «لا تنكح الأيم حتى تستأمر و لا البكر حتى تستأذن»

«On ne marie pas la veuve sans son avis ni la vierge sans son autorisation»Hadîs authentique

Allah le Très Haut a rendu cette religion islamique facile, tolérante et adéquate à toutes les situations de l’homme. II n’y a inclus aucune gêne, aucune peine ou difficulté. II n’a pas imposé aux musulmans ce qu’ils ne peuvent pas accomplir ou ce qui est au-dessus de leur capacité. Au contraire, I1 a prescrit des obligations conformes à la capacité et au pouvoir des musulmans. II a en effet dit:

«لاَ يُكَلّفُ اللّهُ نَفْساً إِلاّ وُسْعَهَا لَهَا مَا كَسَبَتْ وَعَلَيْهَا مَا اكْتَسَبَتْ »  «يُرِيدُ اللّهُ بِكُمُ الْيُسْرَ وَلاَ يُرِيدُ بِكُمُ الْعُسْرَ» «يُرِيدُ اللّهُ أَن يُخَفّفَ عَنْكُمْ وَخُلِقَ الإِنسَانُ ضَعِيفاً»

 «Allah n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité. Elle sera [seulement récompensée du bien qu’elle aura fait, punie du mal qu’elle aura fait»[8]. «Allah veut pour vous la facilité, II ne veut pas la difficulté pour vous…»[9]. «Allah veut vous alléger (les obligations) car l’homme a été créé faible»[10].

Allah n’a légiféré pour l’Humanité que ce qui lui permet d’accéder au bonheur terrestre et céleste et ne lui a interdit que ce qui lui est nuisible ici-bas et dans l’au-delà. L’Islam en tant que dernière religion divine révélée à l’Humanité et forme finale de toutes les révélations célestes,[12], est donc venu pour protéger l’être humain dans tous ses aspects et sur tous les plans: physique, moral, économique, social, psychologique… Puisque l’Islam est basé sur le principe de la facilité, de la commodité et de l’adaptation adéquate aux conditions et capacités humaines… il ne saurait par conséquent, cautionner aucun comportement ou pratique qui contredit ce principe et qui porte préjudice à l’être humain dans sa foi, sa raison, son honneur, ses biens, sa vie tant sur le plan individuel que  sur le plan collectif.

 Quant à la position de l’Islam face au mariage précoce, objet de cette présente journée, elle s’exprime à travers les points suivants:

  1. L’Islam n’a fixé aucun âge pour le mariage ni pour le garçon ni pour la fille
  2. En Islam, la différence d’âge entre conjoints importe peu c’est-à-dire l’un des conjoints peut être plus âgé que l’autre.[13]. Ce qui importe c’est l’agrément (l’accord) mutuel des conjoints car il n’y a pas de contrainte en matière de mariage comme le Prophète prière et salut d’Allah sur lui a dit:

«لا تنكح الأيم حتى تستأمر و لا البكر حتى تستأذن»

«On ne marie pas la veuve sans son avis ni la vierge sans son autorisation».[14]  

Par conséquent, le mariage conclu sans l’avis de la femme (veuve, divorcée ou jeune fille) ne tient pas lieu à moins que les intéressés ne le valident par leur consentement mutuel. En effet un compagnon avait marié sa fille Khansâ bint Khouzâm qui était veuve sans son consentement. Elle alla se plaindre auprès du Prophète qui annula le mariage.[15] Dans un autre Hadîs, une jeune fille vint chez le Prophète prière et salut d’Allah sur lui et dit: “Mon père m’a mariée à son neveu contre mon gré afin de combler sa misère”. Le Prophète lui donna le choix de refuser ou d’accepter le mariage. Elle dit: “J’ai accepté le choix de mon père mais j’ai voulu -en me plaignant-que les femmes sachent que nos pères ne décident pas du choix de nos maris à nos places”.

Rien que ce droit au choix du conjoint suffit pour nous montrer que le mariage doit intervenir à un âge où la fille ou le garçon est apte à raisonner et à comprendre le bien fondé du mariage.L’Islam n’incite pas -comme le laissent entendre certains- au mariage précoce (d’ailleurs le terme n’existe pas dans les sources islamiques). Il n’a pas non plus recommandé le mariage des filles avant la puberté. Cependant, si un mariage avant la puberté est célébré selon les conditions et les piliers du mariage en Islam, le mariage demeure valide. Quant au démarrage de la vie conjugale, cela est laissé au choix des parents de la fille.

  • 4.Le mariage en Islam doit toujours se faire dans le cadre des objectifs globaux de l’Islam et des objectifs spécifiques du mariage,[16] c’est-à-dire le mariage ne doit jamais se faire contre l’intérêt matériel, moral, physique, socio-économique… de l’un de deux conjoints.[17]

Ainsi, marier la jeune fille à un âge où l’accomplissement des charges familiales lui porterait préjudice dans son intégrité physique ou morale, serait contraire aux principes de l’Islam. De même, les conséquences néfastes découlant d’une sexualité précoce notamment les fistules, le traumatisme, la fuite et l’abandon du foyer conjugal, le divorce voire la dislocation des relations sociales entre les familles, sont contraires aux objectifs mêmes du mariage en Islam dont l’épanouissement physique, moral et économique des conjoints. En tout état de cause, l’Islam ne saurait tolérer une relation sexuelle précoce qui serait préjudiciable aux conjoints ou à l’un d’eux et ne saurait laisser en aucun cas ni les parents ni le mari se soustraire à leurs responsabilités en cas de problème.

Il conclut sur les mariages P/F:

Voilà en gros la position de l’Islam face au mariage précoce. Certes, le phénomène est beaucoup plus compliqué à cause de nombreux facteurs socioculturels qui y interviennent mais la part de la religion (l’Islam surtout) est très minime. Ceux qui pratiquent le mariage précoce tel que les études et les enquêtes le montrent, ne se réfèrent pas forcément à l’Islam. D’ailleurs le phénomène est mondial et se réclame plus des mentalités que de la  religion. Nous espérons qu’avec les débats, lumière sera faite sur le problème car  «De la discussion jaillit la lumière».

L’article qui suivra exposera le point de vue islamique du Pr. Tariq Ramadan, toujours sur les mariages précoces et forcés.

 

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Au Plaisir 🙂

http://abassirou.mafamilleplanifiee.org/

9 commentaires sur “Mariages précoces et forcés: définition globale et quelle position de l’Islam ?

  1. As Salam alleykoum
    Je suis un étudiant de l’université de Niamey juste je me demande quand même la définition de mariage précoce car je vois beaucoup des gens l’a définit mal car selon eux « le mariage précoce veut dire mariage d’une fille qui n’a pas atteint 18 an » et moi je ne suis pas vraiment d’accord de cette définition. Beaucoup des filles font des relations sexuelles avant d’atteindre 18 an et d’autres donnent même des enfants et on n’a oublié même que une fille est appelée à se marier de qu’elle est Pubert pour sa santé et sa protection

  2. Ameen wa aleikum salam, cher ami, bonsoir. Pour information, dans d’autres regions, ils parlent de moins de 15 ans meme pour les filles. Dans le plan que j’ai donné, en viendront le point de vue du droit positif, qui chiffre en effet l’age pubère ou de majorité entre 15 et 18ans, pour definir le mariage précoce. Ceci afin de reguler la pratique dans les pays pauvres, incapables de supporter les conséquences comme l’explosion démographique ou la mortalité maternelle et la fistule.

    Cependant, lisez bien l’extrait du Cheikh. Il ne mentionne nulle part l’age requis pour le mariage. En Islam, l’age de mariage n’existe pas. Pour endiguer la précocité, on determine si la fille est mentalement et physiquement apte, et son consentement est imperativement necessaire pour le mariage.
    Vous avez raison, il ya ces cas, cest pour cela que l’islam preconise des caractéristiques, plutot que determiner un age fixe.

  3. Je pencherais beaucoup plus personnellement sur la conformité aux préceptes islamiques, la puberté, la capacité mentale et physique et le consentement libre. Puis, appliquer la gestion du foyer tel que préconisé par l’Islam ainsi que l’alaitement de 2 a 3 ans Selon les moyens, pour le bien etre familial.

  4. Pour exemple, les gens, dits musulmans, pratiquent le mariage forcé. Mais si un litige survient en cela, ils ne le règlent pas devant une instance religieuse car ilq savent bien que cest pas religieux mais basé sur des traditions. Et on ose attribuer à l’Islam des pratiques malsaines.

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